Résumé

Soyons en désaccord

Si la « diversité » est choisie comme thème central du congrès EECERA, cela indique que la communauté des professionnels et des chercheurs de la petite enfance est passée outre le plaidoyer pour le respect de la diversité. Cela exprimerait qu’un consensus est obtenu sur la nécessité de prendre en considération les diversités sociales à propos de l’éducation de la petite enfance. Jusqu’ici tout va bien.
Au cours des discussions sur le respect de la diversité, certaines notions sont couramment utilisées : participation, inclusion, citoyenneté, identité, appartenance, pour ne citer qu’elles. Néanmoins, il est loin d’être évident que ce vocabulaire commun traduise des modes de compréhension partagés.

Dans cette intervention, je tâcherai de démêler l’entrelacs de certaines de ces notions et les interprétations contradictoires qu’elles peuvent susciter. Ces interprétations sont fortement liées aux manières de concevoir les relations entre l’individu et l’Etat, et entre les individus entre eux. En ce sens, elles expriment une conception sur la manière de cerner la démocratie en matière d’éducation de la petite enfance. Les discours sur la diversité, et particulièrement sur la diversité ethnique ou culturelle, peuvent servir à masquer les inégalités sociales. L’envers de la médaille des plaidoyers pour une éducation tolérante pourrait être l’individualisation des responsabilités sociales. Ainsi, ce plaidoyer pour le respect de la diversité pourrait conduire à comprendre la démocratie comme un plaidoyer pour l’égalité des chances. Cependant, souvent, les discours sur l’égalité des chances dans la petite enfance et sur la citoyenneté sont compris comme prendre le meilleur départ possible dans la compétition organisée dans une société basée sur la méritocratie, la course vers un but commun, c'est-à-dire l’obtention de capital matériel, social et culturel. A la différence de cette approche, la démocratie pourrait également concerner des désaccords sur ce qui doit être accompli. En ce sens, la démocratie peut être comprise comme une organisation de désaccords.

Des exemples concrets de pratiques quotidiennes propres à l’éducation de la petite enfance nous montrent que le désaccord, plus que le consensus, aide à obtenir une qualité qui déclenche la discussion et la réflexion, et qui amène des questions plus que des réponses.

Le refus du consensus peut aussi être identifiée comme fil rouge, pour suivre la trace de dissidents historiques comme Henry Wallon jusqu’à nos jours, liant l’activisme au monde académique. La diversité des opinions, croyances, perspectives et formations interroge des notions allant de soi comme celle de « la bonne vie » pour les enfants. Le respect pour la diversité ne signifie pas la tolérance pour ceux qui dévient de la norme. Il est plutôt question de déconstruire les normes qui créent la déviance. Cela nous met au défi de rencontrer celui que nous ne connaissons pas, et d’assumer que « ne pas savoir » est peut-être une condition pour l’écoute sincère.