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LES DROITS DES ENFANTS
novembre 2009
La Convention des Nations Unies a vingt
ans
Irene Balaguer, éditrice invitée
et Peter Moss nous présentent ce 17e numéro consacré
aux droits des enfants.
Ce numéro d’Enfants d’Europe
marque le 20e anniversaire de l’adoption de la Convention Internationale
des Droits de l’Enfant (CIDE), le 20 novembre 1989. La Convention
est une étape – et non pas le début, comme nous
le rappellera ce magazine – du mouvement pour les droits de l’enfant
qui, depuis de nombreuses années, cherche à établir
une nouvelle relation entre l’enfant, les adultes et la société.
Il ne fait aucun doute que la Convention n’est ni parfaite ni
complète, mais elle revêt une très grande importance
(vous en trouverez un résumé à la fin de cet article).
Elle reconnaît l’enfant comme personne à part entière
dès la naissance, comme citoyen doté de droits, qui mérite
d’être écouté et respecté. La Convention
a changé bien des choses, même si son potentiel est loin
d’être réalisé, trop peu d’efforts ayant
été consentis dans de trop nombreux pays pour que le public
en prenne connaissance et pour qu’elle soit mise en application
dans tous les domaines où elle devrait l’être.Trois questions planent au-dessus de
la convention et de ce numéro d’Enfants d’Europe
: Comment devons-nous interpréter les droits des enfants, tels
qu’ils sont présentés dans la Convention ? Comment
ces droits peuvent-ils être mis en œuvre ? Ne devons-nous
pas réfléchir au-delà de la convention ? Comme
tout document politique, rédigé à coups de négociations
entre personnes animées de motivations et de perspectives très
différentes, la Convention doit être interprétée,
ce qui à son tour nécessite certains processus politiques.
Par exemple, signifie-t-elle ou non la fin des punitions corporelles
(donner une fessée). Qu’en est-il de l’accès
de tous les jeunes enfants à l’accueil et à l’éducation
?
La Convention doit-elle protéger davantage les enfants marginalisés,
comme les demandeurs d’asile ? Ce sont là quelques-unes
des zones grises mises en évidence par le premier Commissaire
mondial aux enfants, Maalfrid Grude Flekkøy, dans une entrevue
publiée dans ce numéro. L’article de Fulvia Rosemberg,
du Brésil, attire l’attention sur un autre problème
d’interprétation. Les droits ont parfois tendance à
être focalisés sur certains groupes marginalisés
ou « déviants » et à devenir ainsi un outil
supplémentaire pour aborder les questions sociales. Or, la Convention,
et plus largement le mouvement dans lequel elle s’inscrit, vise
et concerne tous les enfants, c’est-à-dire les enfants
en tant que groupe social.Pour mettre en œuvre la Convention,
l’une des solutions a été de créer des postes
officiels, engagés et financés sur fonds publics- mais
indépendants,- pour superviser, encourager et rendre compte des
progrès réalisés. Le titre varie : défenseur
des enfants, Child Advocate, commissaire à l’enfance, ombudsman.
La plupart des États membres disposent de tels postes. Mais,
pour importants qu’ils soient, ce qu’ils peuvent réaliser
demeure limité. Bien plus importante est la réponse que
peuvent apporter les adultes en général, et surtout ceux
qui vivent et travaillent avec des enfants, en particulier les parents
et les éducateurs. Comme l’expliquent Dubravka Males et
Zlata Gunk dans ce numéro, « La mesure dans laquelle les
enfants jouiront de leurs droits ne dépend pas tant de la loi,
que des adultes qui organisent le processus éducatif et y participent
». Nous devons néanmoins souligner que les deux sont nécessaires
: un cadre légal fort et l’action des adultes.
Quoi qu’il en soit, la Convention lance un défi de taille,
non seulement aux parents, mais aussi aux éducateurs : celui
de reconnaître et de valoriser les droits des enfants, de leur
accorder leur place dans la vie et dans les relations quotidiennes,
et de faire savoir à la société dans son ensemble
que les enfants ont des droits.La mise en œuvre a davantage progressé
dans certains pays que dans d’autres (deux doivent encore ratifier
la Convention, dont les États-Unis – note à l’attention
du président Obama : « Yes, you can ! »). Les progrès
sont en partie fonction de l’engagement et de la volonté
politiques : les droits des enfants et les valeurs démocratiques
qui les sous-tendent sont plus forts à certains endroits qu’à
d’autres. Il existe aussi de nombreuses sources potentielles de
résistance, y compris de la part de parents ou d’éducateurs
qui pourraient percevoir les droits des enfants comme empiétant
sur leurs plates-bandes.De plus, se pose le problème
soulevé avec force par Bernard de Vos : « La pauvreté
a un impact sur les droits de l’homme et ceux de l’enfant.
Les familles pauvres ne peuvent pleinement bénéficier
de leurs droits à l’éducation, à la santé
et à un logement décent parce qu’elles ne disposent
pas des ressources nécessaires pour cela. » Bien sûr,
les deux phénomènes sont liés : la pauvreté
peut entraver les droits, mais les droits peuvent aussi contribuer à
remédier à la pauvreté. Cependant, les droits de
l’enfant ne doivent pas servir de prétexte pour ne pas
éradiquer cette honte que sont la pauvreté infantile et
les inégalités persistantes.Il s’agit de mettre les droits
en perspective et de reconnaître ce qu’ils peuvent ou ne
peuvent pas résoudre. Maalfrid Flekkøy nous propose une
vision basée sur de longues années d’expérience.
La Convention, conclut-elle, « est utile car elle peut être
utilisée pour appuyer certains arguments, par exemple dans une
campagne contre la fessée. Mais elle a ses limites : elle n’a
d’importance que celle qu’on lui accorde. Ainsi, si elle
a été largement ratifiée, tout n’est pas
résolu pour les enfants aujourd’hui ».Il ne faut pas pour autant désespérer.
Une convention n’a jamais été la solution magique
à tous les problèmes. Mais elle n’est pas non plus
sans importance ou inutile. Elle pose des principes et permet des prises
de position qui peuvent être utilisées dans le débat
politique, dans les politiques mises en place et dans les pratiques.
Elle renforce certains arguments, donne du poids aux campagnes et contribue
à faire évoluer les consciences. Cependant, exploiter
pleinement cet instrument demande du travail, de l’application,
l’échange d’expériences, l’affinement
des arguments. La Convention ne doit pas non plus être considérée
comme le dernier mot en matière des droits des enfants. Le Manifeste
des droits naturels des enfants dont nous parle Gianfranco Zavalloni
constitue un exemple parlant de la manière avec laquelle les
droits peuvent se développer et s’insérer dans un
débat plus large sur la signification d’une enfance et
d’une vie réussies.Et aussi, dans ce numéro
En cette époque où nous souffrons souvent « d’amnésie
historique », nous jetons un regard sur la période antérieure
à la Convention. Nous rappelons le travail pionnier d’Eglantyne
Jebb et la Déclaration des Droits de l’Enfant de 1924,
texte précurseur de la CIDE. Nous découvrons le premier
Commissaire à l’enfance au monde, qui a commencé
à travailler en Norvège en 1981. Et nous nous éloignons
de l’Europe, pour découvrir la constitution brésilienne
de 1988, cet autre document qui a fait date dans l’histoire des
droits de l’enfant. Ces deux expériences suscitent d’importantes
réflexions sur les avantages et les limites d’une approche
axée sur les droits pour améliorer le sort des enfants.
Nous retournons ensuite vers l’Europe
pour y constater une évolution importante, bien que passée
inaperçue aux yeux de la grande majorité des citoyens
,comme bien d’autres événements au sein de l’Union
européenne. Après avoir rejeté des décennies
durant toute implication dans la cause des enfants, l’UE a à
présent reconnu les droits de ceux-ci ainsi que son propre rôle
dans leur protection et leur promotion. La Commission européenne
dispose à présent d’une « Unité des
droits fondamentaux et des droits de l’enfant » et mettra,
cette année, en avant le développement futur d’une
stratégie en faveur des droits de l’enfant , en tant que
question désormais prioritaire au sein de l’UE.
En effet, grâce au plaidoyer d’associations comme Eurochild
et Euronet et à un intérêt croissant au sein du
Parlement européen, une politique européenne de l’enfance
est en train de voir le jour. C’est assurément le moment
opportun pour les organisations et les individus, à l’échelle
nationale, régionale ou locale, de s’impliquer. A cet égard,
Enfants d’Europe suggère que l’UE veille à
ce que la perspective des droits de l’enfant imprègne le
développement de sa politique de l’éducation et
de l’accueil de la petite enfance, l’amenant ainsi au-delà
des Objectifs de Barcelone.
Fidèles à la tradition,
nous proposons également une série d’articles sur
des projets relatifs au thème central du magazine. Il s’agit,
en l’occurrence, de projets visant à mettre en pratique
les droits des enfants et des jeunes, et en particulier à renforcer
leur voix et leur participation. Comme toujours, nous ne pouvons qu’évoquer
de manière rapide ce qui se passe en Europe. Il ne fait aucun
doute que nous aurions pu remplir plusieurs numéros d’Enfants
d’Europe de ces expériences locales et, comme toujours,
nous en retirons le sentiment que l’opportunité d’un
dialogue, d’un échange et d’un apprentissage mutuel
au niveau européen, s’agissant du travail avec les enfants
et les familles, est loin d’être entièrement réalisée.
L’article de Gianfranco
Zavalloni, que nous avons déjà évoqué, est
l’occasion idéale pour terminer cette introduction. En
effet, il nous rappelle l’existence possible d’autres droits
: le droit aux loisirs, le droit de se salir, d’être petit…
A nous de nous appuyer sur les bases solides dont nous disposons, en
particulier la CIDE, mais, en même temps, d’imaginer d’autres
possibilités.
Irene Balaguer est présidente de l’Associació
De Mestres Rosa Sensat et rédactrice en chef d’Infància.
Infancia.europa@revistainfancia.org
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