Petite enfance et exclusion

Rapprocher les termes de petite enfance et d'exclusion produit une image paradoxale tellement il est impensable et révoltant d'imaginer qu'une société puisse exclure ses enfants. L'enfance ne doit-elle pas être le temps heureux où l'enfant s'épanouit dans sa famille, sa culture, la société ? Et pourtant, l'exclusion est trop souvent encore une réalité, pour des enfants et leurs parents.


Comment combattre cette réalité intolérable sinon par les actions résolues que nous avons engagées dans le domaine de la petite enfance, de la parentalité et de la lutte contre les exclusions. Bien sûr, ces dispositions ne valent que dans la mesure où des adultes, dans le cadre de leur vie professionnelle, associative ou personnelle, les mettent en oeuvre quotidiennement. Il faut donc mener de front des actions sur trois axes indissociables : soutenir les adultes dans leur fonction fondamentale d'être parent, donner aux enfants le droit à l'enfance, l'envie de grandir et les moyens d'entrer dans le monde des adultes et rendre ce monde des adultes respectables à leurs propres yeux parce qu'intéressant, juste et responsable.

Devenir parent
La venue d'un enfant dans une famille est généralement un bonheur. Le désir d'enfant et sa venue au monde sont aujourd'hui le plus souvent au cœur d'une démarche réfléchie et c'est l'honneur d'une société d'organiser les meilleures conditions possibles pour cette accession à la parentalité. Il n'est pas acceptable d'imaginer que des enfants ne seraient pas désirés, bien-venus dans le monde parce que leurs parents en seraient exclus, marginalisés, écartés au seul motif qu'ils seraient des parents pauvres… Bien malade la société qui ne saurait se donner les moyens de réagir. L'exclusion de la famille exclut aussi l'enfant. Aussi, pour que se transmettent les valeurs qui font l'humanité, il importe que les parents, premiers protecteurs et éducateurs de leurs enfants, puissent tenir leur rôle. Comment exercer au mieux la fonction parentale dans différentes dimensions si, avant la naissance, les maladies, les soucis du quotidien ou les erreurs au passé mobilisent toutes les énergies au détriment du désir pour l'enfant qui vient et si la considération portée aux futurs parents est liée à la manière dont ils peuvent ou ne peuvent pas s'exprimer ?

Comment, sans logement, base nécessaire à la constitution d'un environnement stable pour le noyau familial, des parents peuvent-ils apporter à leurs enfants la sécurité nécessaire à leur développement ? Peut-on garantir à son enfant le droit à l'enfance lorsque l'on n'en peut plus de rechercher des moyens aléatoires pour le nourrir, l'habiller, le mettre à l'abri… C'est bien sûr le rôle de toutes les prestations auxquelles la présence d'un enfant ouvre droit d'y pallier, encore parfois faut-il un accompagnement particulier et proche pour y accéder, encore faut-il pouvoir trouver de l'aide, des appuis quand on en a besoin ou que l'on se sent trop seul pour faire face aux difficultés.

Comment être et demeurer parent si, au gré des incidents de la vie (divorce, maladie, hospitalisation, incarcération, placement de l'enfant en famille d'accueil ou en établissement…), les liens ne peuvent être maintenus entre enfants et parents car tout n'a pas été mis en œuvre pour aménager la séparation. Comment empêcher alors que l'écart se creuse entre parents et enfants ?

Les pouvoirs publics se doivent de mettre l'enfant et ses parents au cœur des dispositifs législatifs et réglementaires qui les concernent et plus largement au cœur de l'organisation sociale. C'est l'un des enjeux de la loi contre les exclusions, c'est aussi la raison de la politique familiale globale que le gouvernement met en œuvre et au sein de laquelle la mise en place de réseaux de soutien à la fonction parentale est un axe novateur. C'est un symbole fort, nous l'avons voulu ainsi.

Etre un enfant
Un enfant a le droit d'être considéré comme une personne, avec tout ce que cela implique en terme d'écoute, d'expression et de participation, telles que définies dans la convention internationale des droits de l'enfant. Nous ne saurons l'oublier en cette année 1999 où nous commémorons le 10 ème anniversaire de la signature par la France de cette convention.

Mais, un enfant est avant tout un enfant, et il a droit à l'enfance sans avoir à porter les soucis de ses propres parents. Il a le droit de jouer et jouer c'est penser, c'est vivre, c'est jouer avec d'autres enfants, c'est accéder à la vie sociale. Cela suppose de ne pas être toujours seul y compris devant une machine si performante soit-elle.

Un enfant a droit à la culture : à celle de ses parents, à celle de la société dans laquelle il vit, à la culture du monde. Il doit pouvoir accéder aux livres. Nourrissants pour l'imaginaire et la pensée, ils introduisent de plain-pied l'enfant dans les richesses du monde au sein duquel il vit. Images, écrits, livres d'enfants constituent la première étape de la lutte contre l'illettrisme. Ou qu'il soit, chez lui, à l'hôpital, à la crèche, dans la rue, en centre d'accueil ou d'hébergement, seul ou avec ses parents, qu'il soit en bonne santé, malade ou qu'il ait un handicap, l'enfant doit pouvoir accéder au monde rêvé de l'enfance et entrer dans la culture du monde à travers les contes, les récits, les images…

Un enfant a aussi le droit d'entrer à l'école et d'y demeurer. Ce n'est pas à l'enfant de s'adapter à l'école, mais à l'école de s'adapter à l'enfant. L'exclusion peut commencer dès l'école maternelle, voire la crèche si l'enfant est mal accueilli ou n'est plus reçu parce qu'il dérange…et les enfants semblent trop souvent déranger ces temps-ci. Toute l'exclusion d'un enfant, quel qu'en soit le lieu et le motif, risque d'exclure sa famille.

Les pages qui suivent sont remplies de nombreuses avancées dont vous êtes porteurs comme devrait toujours l'être le monde adulte pour les enfants.

Devenir adulte

Les parents, s'ils sont les premiers responsables de leurs enfants, ne sont pas les seuls.
Que les parents soient en première ligne ne dispense aucun adulte de tenir son rôle à l'égard des enfants. Chacun d'entre nous a vis-à-vis de tout enfant la haute responsabilité et le privilège de lui donner envie de grandir, de devenir une grande personne. La société doit faciliter, promouvoir, rappeler ces hautes responsabilités. Et l'Etat doit montrer l'exemple en ce domaine.

Pour ma part, c'est ainsi que je conçois les responsabilités qui m'on été confiées et je me félicite que de nouveaux textes législatifs et réglementaires mis en œuvre au cours de ces deux dernières années donnent un cadre plus favorable aux avancées vers toujours plus de droit et toujours plus d'accès aux droits.

Merci aux promoteurs et aux auteurs des ces pages de remplir si bien ces missions et d'en rappeler le sens pour les enfants et leurs parents à travers diverses actions sans lesquelles toutes les lois du monde ne sauraient, à elles seules, garantir le droit de l'enfant de s'inscrire dans la société des hommes et des femmes d'aujourd'hui dans laquelle, par sa naissance, ses parents l'on fait entrer.


Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité

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