Separations, recherches de sens


Arrachés à l'innocence et à leur nudité,
hâtivement recouvert de tunique de peau,
poussés dans le dos par les vents furieux,
poursuivis par la voix orageuse…
… Elle éprouvait le même arrachement
mais aussi une impatience, le désir d'un ailleurs.
En elle, quelque chose d'impulsif se déliait,
battait des ailes.
Quelque chose se défaisait, par lambeaux,
D'un cocon protecteur.
Andrée Chedid

L'attachement et la séparation sont des thèmes récurrents pour les professionnels de la petite enfance et cependant jamais épuisés, les articles qui vont suivre n'ont donc pas cette prétention mais ils nous permettent, cependant, de repenser cette question fondamentale à partir de points de théories et de pratiques diverses.

Qu'il s'agisse des séparations les plus banales jusqu'aux situations les plus douloureuses, qu'est-ce que nous enseignent ces épreuves ? Qu'est-ce qui nous permet de surmonter la difficultés ou les souffrances qui jalonnent l'existence de tout être humain ? Les ruptures, les impossibles retours sont les inévitables chemins par lesquels chaque enfant, chaque être humain va s'exposer, s'éprouver pour ex-ister.

Séparer, c'est introduire un espace, un vide, qui permet la différenciation. Ce vide, ce manque exige la création de sens, le recours à la dimension symbolique. C'est dans cette dynamique que nous donnons du sens à notre ex-istance à partir d'une réalité psychique qui est en constance construction.

A ce titre, la séparation est nécessaire à toute humanisation et assimilable à la fonction paternelle, si elle est référée non pas au caprice du désir d'une personne mais au nom d'une raison qui la dépasse, c'est cela qu'on appelle la dimension symbolique.

Ainsi, les séparations s'avèrent être une nécessité qui pour être supportable requiert donc le recours à un sens qui peut se traduire par des mots, des rites, des symboles, des idéaux, des croyances, des arts… mais surtout qui requiert une sécurité affective fondamentale suffisante qui se construit dans les premiers temps de la vie.


Marie Nicole Rubio, directrice de rédaction