Pages d'eveil, qu'est-ce qu'un livre?

Simplifié, quatre pages de carton, de plastiques, de bois ou de tissus, fait de l'écorce des mots, le livre des petits lecteurs qui ne parlent pas encore, et que déjà concerne ce lieu minimal.

Avec ou sans les petits oiseaux noirs des signes au ciel de la page, déjà horizon du sens.

Animés de formes et de couleurs, de saveurs avant que de savoir, qui en appelle à la voix de celui qui lui lit, raconte, chatonne ou psalmodie, s'étonne avec lui de ce lieu textuel. Texture avant que d'être texte, où la parole s'enroule et se déroule. Réminiscence d'une tradition orale, où un rouleau de fibres tissées matérialise avant la lettre, l'identité originaire de la parole et du tissage, architecture, trame et chaîne du tissus humain.

La petite main saisit le livre, le porte à la bouche tout comme pour mettre au-dedans de soi ces quatre coins d'un espace qui contient la possibilité de la parole et d'un monde à venir.

Le regard étonné de l'enfant à peine né qui reconnaît ce lieu circonscrit que la voix du conteur désigne, nous indique bien, rappelle à notre souvenir, comme une leçon de modestie que percevoir et lire sont tout un, qu'il n'est pas de livre si petit qui ne rappelle à la curiosité de cet auditeur attentif le grand livre de la vie. Ce qui était au début, à la fin signifiait déjà la plus haute sagesse : manger le livre.


Sylvain Maretti, Le Furet