adulte, enfant, nouvelles donnes ?

Parents démissionnaires, enseignants dépassés, intervenants sociaux malmenés, politiques en appelant au retour de «l'autorité», il semble bien que les adultes soient aujourd'hui en difficultés face aux enfants. Pour les «anciens», plus personne n'ose intervenir dans la rue pour «morigéner» un «garnement» peu respectueux du bien collectif. Contrôle social ou conscience d'une responsabilité commune dans l'éducation des enfants ? Et si le premier était le prix à payer de la seconde…?

Le sentiment général, exprimé sur la place publique, constate en tout cas que cette conscience a disparu, les adultes craignant même les enfants et les parents se retrouvant alors bien seuls dans leur rôle.

«Mai 68» est souvent incriminé pour expliquer l'évanouissement de cette préoccupation collective : depuis, il est en effet «interdit d'interdire».

De plus, avec la société de consommation, dont l'essor est d'ailleurs concomitant de Mai 68, advient le règne de l'avoir, de l'apparence et de la satisfaction immédiate des besoins – parfois créés de toutes pièces et confondus souvent avec le désir.

Différer, voire frustrer, devient intolérable. Les adultes, et les parents en premier lieu, se trouvent alors face à une injonction très inconfortable, car elle est à contre-courant du discours ambiant : celle de mettre des limites, structurantes pour l'enfant.

L'enfant a maintenant également des droits qui entrent en tension avec ceux des adultes responsables. La diversification des modèles familiaux, qui obligent à préserver «l'intérêt de l'enfant», comme évolution «philosophique» de notre société ont obligé le droit à se transformer pour tenir compte de ces nouvelles données.

Le pater familias a vécu et avec lui une certaine conception de la place de l'adulte auprès de l'enfant. Pour beaucoup, il n'existe plus de modèle unique et rassurant du fonctionnement adulte/enfant.

Pourtant, l'adulte ne doit-il pas encore faire autorité pour l'enfant, c'est-à-dire lui donner le désir de grandir ?


Elisabeth Tézenas, directrice de rédaction