Bien naitre
Pour notre revue qui à chaque saison nouvelle nous parle du petit de l'Homme, un heureux événement est arrivé : une alliance conclue entre le Musée de l'Homme et Le Furet a donné le jour à ce nouveau numéro qui donne la parole à des auteurs et des professionnels de différentes disciplines sur cet événement que chacun de nous a connu et vécu, sa propre naissance.
Naître dans une famille, «être ou ne pas être» à la vie ? Shakespeare avec son personnage Hamlet ne cesse de poser cette immémoriale et universelle question.
Où se situe le début de la vie ? Où se situe la frontière entre la vie et la mort ?
Pour Israël Nisand chef de service du Département de gynécologie obstétrique des Hôpitaux de Strasbourg il n'y a pas de naissance il n'y a qu'une continuité. La seule chose qui vaille c'est l'immense chaîne d'informations et de connaissances qui se transmet depuis l'aube de l'humanité jusqu'au temps présent. Chaque naissance d'un nouveau bébé inaugure un nouveau maillon de la chaîne. Cette création unique représente un moment essentiel de cette transmission qui fait que chacun de nous participe à l'humanité.
En ce numéro, quelques représentants des nouveaux maillons, petits enfants encore très proches des bébés, nous disent chacun à leur façon, comment ils s'insèrent dans cette chaîne et dans leur famille. Des mères aussi nous parlent cet événement comme elles l'ont vécu avant, pendant et après la naissance.
Depuis l'ancienne intimité chaude mais aussi parfois putride de la maison familiale en son village, jusqu'à la standardisation neutre, aseptique, souvent anonyme des hôpitaux citadins d'aujourd'hui, l'acte de donner la naissance n'a cessé d'évoluer au long des siècles pour les mères et pour leurs bébés. Marie France Morel nous en retrace l'historique. Françoise Aubaile-Sallenave décrit les rites, les cérémonies de la culture islamique.
Le père autrefois exclu du monde des femmes est invité, parfois exhorté à être acteur et spectateur de la naissance. La psychanalyste Françoise Hurstel en témoigne et nous parle de cette fonction et de son évolution. Une juriste, Salomé Viviana, en une fable pleine de moralisation et de protocoles normalisants, se métamorphose pour la cause des femmes et des bébés en conteuse et en accoucheuse.
La juriste Isabelle Corpart décrit comment, au fil des mutations sociales et culturelles, le bébé devient et demeure un sujet de droit.
Il est un futur citoyen. Marie-Thérèse Hermange en femme politique nous dit son souci de construire une société soucieuse de prévention au sein de ses collectivités.
Les microbes sont pourchassés, les douleurs aussi. Les placentas on n'en parle plus. Ils sont jetés, éliminés, ne fécondent même plus les crèmes qui nourrissaient l'imagination en exaltant la beauté des femmes. Ils ne sont plus enfouis sous la terre auprès des troncs d'arbres qui en leurs multiples branches symbolisaient l'ordre des générations. Bernadette Tillard en fait le récit.
Les nettoyages hygiénistes de la modernité sont des stérilisateurs d'émotions. Mais l'espérance demeure. Les Maisons de Naissance tentent de pallier la disparition des chaleureuses petites maternités. La richesse affective des accouchements d'autrefois renaîtra peut-être sous d'autres formes qui restent à expérimenter, Myriam Szejer en son métier de psychanalyste présente aux mères et aux nouveaux-nés, nous dit comment elle demeure gardienne de cette mystérieuse fonction symbolique qui reste au cœur de toute naissance humaine.
Simone Gerber, pédiatre
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