place a l'enfant handicape !
Fin 1975, l'ONU promulgue une Déclaration des droits des personnes handicapées selon laquelle l'expression «Handicapé désigne toute personne dans l'incapacité d'assurer par elle-même tout ou partie des nécessités d'une vie individuelle et sociale normale, du fait d'une déficience, congénitale ou non, de ses capacités physiques ou mentales». Le terme sert à désigner une inégalité naturelle, la définition fixe une différence par désavantage, elle apparaît comme normative, plutôt que descriptive, socio-culturelle plutôt que psycho-physiologique, et ne prescrit qu'un seul but : égaliser toutes les chances1. La reconnaissance des droits de la personne handicapée n'est qu'un point de départ, encore faut-il fournir à cette personne, les moyens indispensables pour mener une «vie normale» dans le monde social «tel qu'il est». L'inadaptation appelle compensation au nom de l'égalité de droits entre les hommes.
Au cours des trente années qui nous séparent de la Déclaration, et à cause des difficultés de sa mise en application, il est apparu de manière évidente que le moment juridique de la Déclaration appelait son propre dépassement : la reconnaissance des droits ne suffit pas à mener une politique d'insertion. Avec quelles orientations et qui doit t-elle viser ?
En 2000, une nouvelle Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) voit le jour ; elle couvre en effet tous les aspects de la santé humaine et certaines composantes du bien-être qui relèvent de la santé. D'où un malentendu largement répandu qui consiste à penser que la CIF ne concerne que les personnes handicapées alors qu'en fait elle concerne tout un chacun. La défense du droit des handicapés est devenue une formule politique : tous participent à la même course. [On lira l'article de Christian Rossignol pour un commentaire plus approfondi].
Devant les confusions, voire les manipulations que l'interprétation de ces textes peut susciter, Le Furet a pris les décisions éditoriales suivantes. Il convient de faire paraître un dossier sur la question du handicap parce qu'elle est liée au thème de l'intégration qui oriente les réflexions du Furet ; il convient aussi de limiter le propos du dossier : le handicap moteur reçoit la priorité ; il apparaît, de plus, que lister toutes les situations de handicap n'offre en soi aucun intérêt et qu'une perspective transversale et globale permet des contributions diversifiées.
Le dossier qui est présenté rend compte de ces choix, il donne la parole à des acteurs qui parlent en leur nom et au nom de leur expérience, c'est pourquoi tant les malaises inhérents au travail avec les enfants handicapés que la manière de les surmonter trouvent ici à s'exprimer.
Andrée Tabouret-Keller, professeur de psychologie
Marie Nicole Rubio, directrice de rédaction
1. L'article encadré Handicap, signé de Cécile Neil et Alain Rey, nous a fournit les principaux éléments de cette présentation (Dictionnaire culturel en langue française, Paris, La société dictionnaire Le Robert, 2005, tome II, p. 1542 à 1544).
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