un corps pour grandir …
La mère
L'écheveau de laine tomba de ses genoux.
Il se déroulait en hâte, fuyait à l'aveuglette.
Elle tenait le commencement de la vie.
Elle l'enroula sur son doigt comme un anneau,
qu'elle voulait préserver.
Il dévalait des pentes raides, parfois il remontait.
Il s'en revenait enchevêtré et se taisait.
Jamais plus il ne retournerait vers le doux trône de ses genoux.
Les mains tendues luisent dans les ténèbres comme la vieille ville.
Zbygniew Herbert, traduction de Marie-Françoise Iwaniukowicz
La rencontre avec cet autre qu'est le petit d'homme passe par la manière dont son corps va prendre place dans notre existence et dont la relation va s'instaurer dès la grossesse de la mère, tant à travers un langage corporel qu'à travers nos désirs de vie, nos croyances, nos savoirs. C'est le temps et la maturation progressive enrichie par les découvertes et les apprentissages qui va faire évoluer notre relation à cet être dont l'immaturité nécessite tant de soins.
Il y a le temps où l'on est habité par une attention envahissante, où on néglige ses propres besoins pour être réceptif à tout ce que l'enfant exprime. Puis le nouveau-né devient jours après jours, semaines après semaines, moins fragile, l'intensité de la première rencontre s'atténue pour laisser place à un quotidien dont le rythme n'est plus autant centré sur l'enfant.
Puis les étapes de développement, acquisition progressive de l'autonomie vont faire leur œuvre et construire peu à peu l'histoire de cette personne inscrite dans des relations, une culture, une socialisation particulière.
Ce que nous découvrons en portant notre attention sur la dimension incontestablement corporelle de nos existences, c'est aussi la manière dont, nous adultes, imposons souvent le silence à ce merveilleux support de nos vies.
Je repense aux premières fois que j'ai pris mon neveu dans mes bras pour l'endormir, ce moment où doucement et sans y penser, ma respiration s'est ralentie, s'est rythmée à la sienne. J'ai pris conscience avec Manuel de mon corps, de mon rythme pour mieux accueillir celui de ce tout petit qui m'avait été précieusement confié.
Notre manière d'être socialisé, oublie, maquille, exhibe, instrumentalise trop souvent, ce corps qui fini par nous parler bruyamment si nous n'y prêtons pas attention.
Il faut parfois faire le détour par l'autre qu'est le petit enfant pour le redécouvrir.
Laissons-nous enseigner un peu par les enfants.
Marie Nicole Rubio, directrice de rédaction
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