Petits enfants, grandes questions
?
Il était blond aux yeux bleus, plutôt grand et fort
pour son âge. Je m'en souviens bien, il s'appelait Jean–Christophe.
Il avait cinq ans. Il était de ces enfants extrêmes qui ne
reculent devant rien et vous donnent des sueurs froides tout au long de
la journée tant vous craignez qu’il ne se blesse sérieusement.
Avec lui, toute descente d’escalier, toute manipulation, tout jeu,
toute activité devenaient cauchemar. Sa surveillance était
mon obsession.
Un jour, j’étais assise sur une petite chaise, il arriva
comme un bolide et s’arrêta net devant moi. Nous étions
nez à nez. Je ne pouvais pas lui faire plus face que cela. «
Maîtresse, est-ce que je vais mourir ? » La question était
précise et demandait une réponse d’urgence. Cela moulina
vite dans ma tête. « Oui, tu vas mourir comme moi, comme tous
tes copains, comme tout le monde. C’est comme cela dans la vie à
un moment donné on meurt mais avant tu auras fait plein de choses…
» et me voilà de lui tracer une vie dans laquelle la fin
est loin. Il se redressa. Je vis dans ses yeux un grand soulagement. Il
avait osé poser l’obsédante question qui le taraudait
probablement depuis quelques temps.
Après, ces quelques paroles échangées, ni lui, ni
moi n’avons plus été les mêmes. Il s’est
assagi et moi j’ai regardé mes petits autrement. A partir
de ce jour, je leur ai parlé de la vie, de la mort, de l’amour
avec quiétude. C’est la vie, elle est ainsi faite que nous
soyons grands ou petits nous sommes forcément confrontés
un jour ou l’autre aux heurs et malheurs.
Aussi, aujourd’hui, je me réjouis que le Furet consacre son
dossier aux grandes questions, de la vie, de la mort, de l’amour
que se posent les enfants. Effectivement, elles demandent réflexion
et beaucoup de respect envers ces petits d’hommes en devenir.
J’entends encore les rires des adultes devant le petit Jacques avouant
son amour pour Marie. Ils sont terriblement cruels et redoutables…ces
rires déroutants pour des enfants qui s'aiment tout simplement
!
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