Ce proverbe des natifs américains parle d'égalité des chances et de droits des enfants. Il considère les enfants en tant qu'êtres humains et les prend au sérieux, en compte, là où les décisions sont prises.
Ce numéro d'Enfants d'Europe s'intéresse à l'égalité des chances pour tous les enfants, alors même que la Commission européenne a mis en place « l'Année européenne 2007 de l'égalité des chances pour tous » qu'elle définit comme « une action concertée, visant à favoriser l’égalité et la non-discrimination dans l’Union européenne ».
L'Année européenne s’articule autour de quatre « grands thèmes » :
• les droits : il faut sensibiliser sur le droit à l'égalité et à la non-discrimination ;
• la représentation : il faut stimuler le débat sur les façons possibles d'accroître la participation des groupes sous-représentés dans la société ;
• la reconnaissance : il faut célébrer la diversité, et s'adapter à celle-ci ;
• le respect et la tolérance : il faut promouvoir une société plus cohésive.
Un contexte de diversité croissante
Si l'on se penche sur la question de l'égalité des chances pour chaque enfant en Europe aujourd'hui, on se trouve confronté à la diversité dans de nombreux domaines.
En effet :
• la diversité ethnique et culturelle ne cesse de s'accroître du fait de la mobilité des individus au sein de l'Europe, mais aussi d'un continent à l'autre ;
• la pauvreté a des effets disproportionnés sur les plus jeunes enfants et leurs familles. Elle limite leurs chances de manière dramatique. L'inégalité entre classes sociales est un défis-clé à relever ;
• l'inégalité de genre prévaut toujours, notamment en ce qui concerne l'emploi des femmes et la participation des hommes à l'éducation des enfants, au niveau professionnel comme dans le domaine personnel ;
• l'inclusion totale des enfants ayant des capacités et/ou des besoins différents dans le secteur de la petite enfance continue à représenter un défi très important à relever.
Cette diversité représente de nouvelles questions pour les nations et les sociétés civiles en ce qu’elle met en cause nos conceptions de l'identité et de la citoyenneté.
Le premier âge représente le socle du développement global de l'enfant. Des recherches ont d'ailleurs montré que c'est à cet âge que l'identité des enfants se forme et que leurs préjugés se forgent. Il est crucial que les services européens à la petite enfance soient repensés à cet égard. En effet, les services à la petite enfance peuvent avoir un réel effet positif en contribuant à la lutte contre la pauvreté, en combattant la discrimination et l'exclusion sociale et en oeuvrant pour l'égalité de genres dans les domaines de l'emploi et de la construction de la communauté.
Mais, pour ce faire, pour accomplir pleinement leur potentiel, ces services doivent offrir aux enfants un accueil et des ressources éducatives de haute qualité, reconnaissant l'importance de la diversité et de la complexité des sociétés européennes dans les politiques d’accès, les curricula et la professionnalisation des travailleurs.
DECET
Ce numéro résulte du partenariat entre deux réseaux européens : Enfants d'Europe, un réseau de magasines issus de dix pays différents et DECET (Diversity in Early Childhood Education and Training), un réseau d'experts provenant de huit pays différents (la Belgique, la France, l'Allemagne, la Grèce, l'Irlande, les Pays-Bas, l'Espagne et le Royaume Uni). Il coïncide avec une conférence de DECET intitulée : « Fondations pour l'égalité des chances pour tous dans le cadre de l'éducation et de l'accueil des jeunes enfants. Respect de la diversité et inclusion sociale » qui a lieu à Bruxelles du 18 au 20 octobre 2007. Le but de cette conférence est de soutenir la mise en place et la construction de ces « fondations » et en même temps, de répondre aux objectifs proposés par l'année européenne de l'égalité des chances pour tous. Les principaux intervenants de cette conférence ont collaboré à l'élaboration de ce numéro, tout comme nos partenaires de DECET.
Nous commençons ce numéro par la publication de statistiques qui rendent compte de l'inégalité en Europe et qui indiquent comment celle-ci varie selon les pays. Ensuite, John Bennett s'appuie sur les rapports de l'OCDE récemment parus (Starting Strong - Petite enfance, grands défis. Education et structures d’accueil) et conclut finalement qu'en ce qui concerne les services à la petite enfance, la logique économique seule est insuffisante et que celle-ci doit être équilibrée par des logiques démocratiques et égalitaires. Puis, Martin Woodhead analyse le rôle prépondérant de la Convention relative aux droits de l'enfant dans la mise en place d'un système qui garantisse l'égalité des chances des jeunes enfants, en insistant sur le fait que les jeunes enfants sont détenteurs de droits. Dans l’article suivant, Michel Vandenbroeck explore les concepts clés liés à la diversité et il nous met en garde contre une simplification des analyses de la notion d'égalité.
La seconde partie de ce magasine se penche sur des expériences locales et nationales spécifiques qui ont été menées dans le système préscolaire et dans le système scolaire. Ces expériences présentent de exemples de travaux menés dans le but d'une plus grande égalité des chances, mais elles nous éclairent également sur la distance qu'il reste à parcourir et les obstacles qu'il reste à surmonter.
Une étude internationale portant sur les perspectives de parents migrants et de professionnels dans des services à la petite enfance offre des éléments de compréhension pour mettre en oeuvre des services et des pratiques plus inclusifs.
Nous traitons ensuite de l’exemple d’un centre d'accueil de Berlin qui utilise les situations de vie des enfants et de leurs familles comme point de départ pour la mise en place du travail pédagogique, offrant un exemple de réponse aux besoins des parents qui sont occupés dans un marché du travail flexible.
Puis vient un autre exemple : en Suède, une initiative nationale pour l'égalité entre genres montre comment les professionnels du secteur à la petite enfance peuvent souvent renforcer les stéréotypes liés au genre. Mais cette initiative montre surtout comment des interventions spécifiques, telles que des pédagogues spécialisés en rapports de genre, permettent une sensibilisation et un changement dans les pratiques.
Ensuite, un rapport provenant d'Ecosse analyse les nouvelles politiques mises en oeuvre afin de pallier les inégalités scolaires et préscolaires rencontrées par les enfants souffrant de handicap (ou plutôt les enfants « à besoins éducatifs spéciaux » pour employer le terme introduit par la nouvelle législation). Après ce rapport, vient un article sur les Roms. Les Roms constituent l'un des groupes ethniques les plus désavantagés de l'Europe et la Roma Education Initiative (l'initiative pour l'éducation des Roms) est une initiative trans-nationale qui oeuvre pour l'égalité des chances au travers d'une éducation améliorée et intégrée. Puis un article écrit par un l’organisateur d’un important service à la petite enfance des Pays-Bas se penche sur les manières de développer un partenariat efficace entre parents et professionnels, tout en tenant compte de la diversité qui existe au sein du groupe des parents. Un autre article nous montre comment l'utilisation des « persona dolls » (des poupées qui endossent différentes personae) dans plusieurs pays s’est avérée très utile pour ouvrir le dialogue avec de jeunes enfants sur des thèmes tels que l'exclusion, la discrimination, la diversité et l'équité. Deux exemples irlandais qui traitent de la lutte contre le sectarisme et contre les discriminations à l'encontre des gens du voyage, montrent également comment les services à la petite enfance peuvent activement prendre part à la lutte contre l'exclusion et l'inégalité.
Les espoirs pour le futur reposent fortement sur la capacité des professionnels à promouvoir et à valoriser les notions de diversité et d'égalité. Nous retrouvons ici l'exemple d'un centre de formation en France, basé à Lyon, qui fait en priorité travailler ses « éducateurs de la petite enfance» sur la notion de diversité.
Nous terminons avec l’entretien que nous avons eu avec Glenda MacNaughton. Directrice du Centre For Equity and Innovation in Early Childhood (le centre pour l'Equité et l'Innovation pour la petite enfance) à l'université de Melbourne en Australie et qui est aussi l'un des intervenants principaux à la conférence DECET. Elle met en priorité « la démocratisation de tous les aspects du programme pédagogique pour la petite enfance, des relations humaines et de l’élaboration des politiques, dans le but de permettre à chaque enfant de trouver les moyens d'accroître ses opportunités d’être, ici et maintenant, un citoyen respectueux et socialement juste, et pas uniquement en tant que futur travailleur apprenant à tout âge »
Ce numéro d' Enfants d'Europe soulève beaucoup de questions sur l'inégalité des chances et l'exclusion : il reste tant à faire ! Mais cette publication montre aussi qu'il y a beaucoup d'individus et d'organisations engagés qui oeuvrent pour améliorer l'égalité des chances pour tous, suivant le proverbe « all children of earth will be welcome at our council fires ».
Anke Van Keulen (a.vankeulen@mutant.nl) est spécialiste en pédagogie sociale, formatrice, et promoteur au sein de l'agence MUTANT. Elle a aussi été coordinatrice du réseau DECET entre 2004 et 2007.